Les adresses IP expliquées : IPv4, IPv6 et les plages réservées
Tout appareil qui communique sur internet a besoin d’une adresse qui indique aux paquets où aller. Cette adresse, c’est l’adresse IP. La plupart du temps, personne n’y prête attention — jusqu’à ce que quelque chose tombe en panne, qu’il faille écrire une règle de pare-feu ou qu’un site affiche une adresse que vous ne reconnaissez pas. Ce guide explique ce que signifient les chiffres, pourquoi il en existe deux types, et lesquels sont réservés à des usages particuliers et n’apparaissent jamais sur internet.
IPv4 et IPv6
Les adresses IPv4 font 32 bits et s’écrivent sous la forme de quatre nombres décimaux de 0 à 255, séparés par des points : 203.0.113.10. Cela permet environ 4,3 milliards d’adresses, un chiffre qui semblait généreux en 1981 et qui s’est épuisé en pratique au cours des années 2010. Les registres régionaux ont distribué leurs derniers blocs libres, et les nouveaux réseaux obtiennent surtout de l’espace IPv4 en le rachetant à d’autres.
Les adresses IPv6 font 128 bits et s’écrivent sous la forme de huit groupes de quatre chiffres hexadécimaux, séparés par deux-points : 2001:0db8:0000:0000:0000:0000:0000:0001. Les zéros en tête de chaque groupe peuvent être omis, et une seule suite de groupes nuls peut être remplacée par un double deux-points ; cette adresse s’écrit donc normalement 2001:db8::1. L’espace est si vaste qu’un simple accès domestique reçoit couramment plus d’adresses que tout l’internet IPv4.
Les deux protocoles ne sont pas compatibles entre eux : un appareil qui ne parle que l’IPv4 ne peut pas dialoguer directement avec un appareil qui ne parle que l’IPv6. C’est pourquoi la plupart des réseaux actuels utilisent les deux en parallèle, ce qu’on appelle la double pile.
203.0.113.10IPv4 : quatre nombres de 0 à 255, séparés par des points.2001:db8::1IPv6 : des groupes hexadécimaux ; :: remplace une suite de zéros.::ffff:203.0.113.10Une adresse IPv4 écrite en notation IPv6. Le client utilise toujours l’IPv4.
Pourquoi un site web n’en voit qu’une
Une connexion n’utilise qu’un protocole à la fois. Quand un appareil dispose des deux, les navigateurs et les systèmes d’exploitation essaient d’abord l’IPv6 et ne se rabattent sur l’IPv4 que si l’IPv6 est lent ou en panne — une technique appelée Happy Eyeballs. Un site web voit donc généralement votre adresse IPv6 si vous en avez une, et votre adresse IPv4 lui reste invisible. Voir une adresse IPv4 signifie le plus souvent que la connexion n’a pas d’IPv6 fonctionnel.
C’est pourquoi notre outil d’adresse IP indique le protocole à côté de l’adresse affichée.
Adresses publiques et privées
Une adresse publique est routable sur internet : un paquet qui lui est envoyé depuis n’importe où dans le monde arrive au même réseau. Une adresse privée n’a de sens qu’à l’intérieur d’un réseau. Des millions de foyers utilisent 192.168.1.1 en même temps sans conflit, parce que ces paquets ne sortent jamais de la maison.
En IPv4, la box distribue généralement des adresses privées aux appareils qu’elle dessert et traduit leur trafic vers une seule adresse publique à la sortie. Cette traduction, c’est le NAT, la traduction d’adresses réseau. C’est pourquoi l’adresse indiquée dans les réglages réseau de votre ordinateur — souvent 192.168.x.x ou 10.x.x.x — diffère de celle que voit un site web.
Beaucoup d’opérateurs mobiles, et certains fournisseurs d’accès fixe, vont plus loin : ils partagent une même adresse IPv4 publique entre de nombreux clients, en utilisant la plage 100.64.0.0/10 de leur côté de la connexion. C’est le CGNAT, un NAT à l’échelle de l’opérateur. Si votre box affiche côté internet une adresse comprise entre 100.64.0.0 et 100.127.255.255, vous êtes derrière l’un d’eux — ce qui explique qu’une redirection de ports puisse ne pas fonctionner, et qu’un site qui bloque ou limite une adresse puisse toucher tout un groupe de personnes sans lien entre elles.
L’IPv6 a été conçu pour rendre le NAT inutile. Les appareils reçoivent en général directement des adresses publiques, et c’est un pare-feu, et non la traduction d’adresses, qui décide de ce qui peut les atteindre. L’équivalent IPv6 des plages privées est la plage des adresses locales uniques, fc00::/7, bien moins utilisée que les plages privées IPv4.
Plages IPv4 réservées
Ces blocs sont réservés par l’IETF et enregistrés par l’IANA. Aucun ne fonctionne comme une adresse publique ordinaire.
| Plage | Usage | Où la rencontrer |
|---|---|---|
10.0.0.0/8 | Usage privé | Réseaux d’entreprise, VPN, réseaux cloud. |
172.16.0.0/12 | Usage privé | De 172.16.0.0 à 172.31.255.255 ; Docker et certains réseaux d’entreprise. |
192.168.0.0/16 | Usage privé | Box internet : 192.168.0.1 et 192.168.1.1 sont les passerelles habituelles. |
100.64.0.0/10 | Espace d’adresses partagé | Le côté internet d’une box derrière le CGNAT d’un opérateur. |
127.0.0.0/8 | Bouclage (loopback) | 127.0.0.1 désigne la machine elle-même ; le trafic ne la quitte jamais. |
169.254.0.0/16 | Lien local | Attribuée automatiquement quand aucun serveur DHCP n’a répondu — souvent signe d’un problème. |
192.0.2.0/24, 198.51.100.0/24, 203.0.113.0/24 | Documentation | Exemples dans les manuels et les articles, dont celui-ci. On peut les publier sans risque : elles ne mènent nulle part. |
198.18.0.0/15 | Tests de performance | Laboratoires de test d’équipements réseau. |
0.0.0.0/8 | « Ce réseau » | 0.0.0.0 pour « toutes les adresses » dans la configuration d’un serveur, ou « pas encore d’adresse ». |
224.0.0.0/4 | Multidiffusion | Un émetteur, plusieurs récepteurs : diffusion en réseau local, protocoles de routage. |
240.0.0.0/4 | Réservée | Jamais attribuée ; la plupart des systèmes refusent de l’utiliser. |
255.255.255.255/32 | Diffusion limitée | Tous les appareils du segment de réseau local à la fois. |
Plages IPv6 réservées et particulières
| Plage | Usage | Où la rencontrer |
|---|---|---|
::1/128 | Bouclage (loopback) | La machine elle-même, comme 127.0.0.1. |
::/128 | Non spécifiée | « Pas encore d’adresse », ou « toutes les adresses » dans la configuration d’un serveur. |
::ffff:0:0/96 | IPv4 mappée | Une adresse IPv4 écrite en notation IPv6, comme ::ffff:203.0.113.10. |
64:ff9b::/96 | Traduction IPv4/IPv6 | Réseaux uniquement IPv6 qui joignent des serveurs IPv4 via NAT64 — courant sur mobile. |
fe80::/10 | Lien local | Chaque interface IPv6 en possède une ; valable uniquement sur le lien local. |
fc00::/7 | Locale unique | L’équivalent IPv6 des plages privées ; en pratique, les adresses commencent par fd. |
2001:db8::/32, 3fff::/20 | Documentation | Exemples dans les manuels. 3fff::/20 a été ajoutée en 2024 pour pouvoir montrer des réseaux plus grands que ce que permet 2001:db8::/32. |
ff00::/8 | Multidiffusion | L’IPv6 n’a pas de diffusion ; la multidiffusion la remplace. |
2000::/3 | Unicast global | Pas réservée : c’est le bloc d’où viennent les adresses IPv6 publiques ordinaires. |
Lire la notation CIDR
Le /24 ou le /64 qui suit une adresse est la longueur du préfixe : le nombre de bits de tête qui identifient le réseau. Les bits restants numérotent les machines à l’intérieur. Un /24 en IPv4 laisse 8 bits, soit 256 adresses. Chaque cran vers le bas double la taille : un /23 en compte 512 et un /16 65 536. En IPv6, le sous-réseau habituel est un /64, qui laisse 64 bits — environ 18 milliards de milliards d’adresses — aux appareils d’un seul réseau.
Ce que révèle une adresse IP
Une adresse identifie une connexion réseau, pas une personne. Tout ce à quoi vous vous connectez la voit — sites web, serveurs de jeux, serveurs de messagerie — et n’importe qui peut vérifier à quelle organisation elle est attribuée. Elle révèle généralement le fournisseur et une localisation approximative : souvent le bon pays et la bonne région, parfois la bonne ville, rarement davantage. Seul le fournisseur sait quel abonné se trouve derrière une connexion, et il ne le communique normalement que sur obligation légale.
Comme l’adresse appartient à la connexion, elle change quand vous changez de réseau — le Wi-Fi de la maison, les données mobiles, le bureau — et beaucoup de fournisseurs la réattribuent aussi de temps en temps. Les appareils IPv6 ajoutent leur propre rotation : les adresses temporaires de confidentialité changent chaque jour ou plus souvent, pour qu’une même adresse ne suive pas un appareil pendant des mois.
Questions fréquentes
192.168.1.1 est-elle mon adresse IP ?
C’est l’adresse de votre box sur votre propre réseau, et la même adresse est utilisée dans des millions d’autres foyers. L’adresse que voit internet est votre adresse publique, celle qu’affiche l’outil d’adresse IP.
Pourquoi un site affiche-t-il une adresse IPv6 alors que j’attendais une IPv4 ?
Parce que votre connexion dispose des deux et que le navigateur a préféré l’IPv6. Votre adresse IPv4 existe toujours ; ce n’est simplement pas celle que cette connexion a utilisée.
Deux appareils peuvent-ils avoir la même adresse IP ?
Pas sur le même réseau. Sur des réseaux privés différents, oui, et cela arrive en permanence ; et derrière un NAT, de nombreux appareils partagent une même adresse publique.
Quelle différence entre une IP fixe et une IP dynamique ?
Une adresse fixe reste la même jusqu’à ce que vous ou votre fournisseur la changiez. Une adresse dynamique est attribuée à partir d’un ensemble et peut changer au redémarrage de la connexion. La plupart des accès domestiques sont dynamiques ; les serveurs et certaines lignes professionnelles sont fixes.